Être catholique, est-ce être de droite ou de gauche ? Être progressiste ou conservateur ? Et si notre foi nous invitait précisément à dépasser ces étiquettes pour apprendre à vivre ensemble malgré nos différences ?
Dans la revue Cathobel, Marie-Gabrielle Balland publie un article très intéressant : « On choisit ses combats, pas sa famille ».

https://www.cathobel.be/2026/10/chronique-on-choisit-ses-combats-pas-sa-famille/

Il est des divisions qui me pèsent, parce qu’elles traversent aussi notre Église. Nous ne partageons pas tous les mêmes convictions politiques, les mêmes sensibilités ni la même manière de comprendre les évolutions de notre société. Certains se reconnaissent davantage dans des positions conservatrices, d’autres dans des approches progressistes. Les uns insistent sur la fidélité à la tradition, les autres sur la nécessité de répondre aux défis nouveaux de notre temps.
Ces différences ne sont pas imaginaires. Elles peuvent même toucher à des questions essentielles. Mais doivent-elles devenir des frontières qui nous séparent, nous enferment dans des camps opposés et finissent par fragiliser notre fraternité chrétienne ?
Un article qui invite à prendre du recul
C’est la réflexion que m’inspire un article de Marie-Gabrielle Balland, intitulé « On choisit ses combats, pas sa famille ». L’auteure y interroge les tensions qui opposent parfois les chrétiens, notamment lorsque les débats de société et les appartenances idéologiques prennent le dessus sur l’écoute fraternelle.
Elle formule une conviction qui mérite que nous nous y arrêtions : « L’Église n’est pas un club, c’est une famille. »
Dans un club, on peut choisir de ne fréquenter que ceux qui partagent nos idées, nos goûts ou nos combats. Dans une famille, les liens ne reposent pas sur une parfaite conformité de pensée. Nous pouvons être en désaccord, nous blesser parfois, avoir du mal à nous comprendre. Pourtant, nous ne cessons pas pour autant d’appartenir à la même famille.
L’Église est-elle autre chose que cette communauté de femmes et d’hommes que le Christ rassemble, non parce qu’ils pensent tous de la même manière, mais parce qu’ils sont appelés à le suivre ensemble ?
Catholique : de droite ou de gauche ?
La question revient régulièrement : peut-on être un bon catholique en étant de gauche ? Peut-on l’être en étant de droite ? Faut-il être progressiste pour être fidèle à l’Évangile, ou conservateur pour préserver l’essentiel de la foi ?
Ces questions deviennent piégeuses lorsqu’elles prétendent enfermer toute une personne dans une seule catégorie.
L’Évangile ne se laisse pas facilement réduire à un programme politique. Il nous invite à défendre la dignité humaine, à prendre soin des plus fragiles, à rechercher la justice, à accueillir la vérité et à reconnaître les exigences de la vie en société. Sur la manière de traduire ces appels dans les choix politiques concrets, les chrétiens peuvent diverger sincèrement.
Aucune sensibilité politique ne nous dispense donc du discernement. Aucune ne nous autorise non plus à considérer d’emblée que ceux qui ne partagent pas nos analyses seraient de mauvais chrétiens.
Cela ne signifie pas que toutes les opinions se valent, ni que toute position serait compatible avec l’Évangile. Nos convictions doivent pouvoir être interrogées à la lumière de la Parole de Dieu. Mais cette exigence vaut pour chacun de nous, et pas seulement pour ceux avec lesquels nous sommes en désaccord.
Le discernement chrétien commence aussi lorsque nous acceptons de soumettre nos propres certitudes à la question.
Le risque de combattre son frère plutôt que de chercher la vérité
Le plus préoccupant n’est peut-être pas que des catholiques défendent des opinions différentes. C’est que le débat devienne un affrontement dans lequel chacun cherche avant tout à démontrer que l’autre a tort.
Nous sélectionnons les arguments qui confortent notre position. Nous prêtons parfois à l’adversaire des intentions qu’il n’a pas. Nous finissons par ne plus entendre ce qu’il essaie réellement de dire. Et, peu à peu, celui qui pense autrement devient quelqu’un dont il faudrait se méfier, voire quelqu’un que l’on préférerait ne plus côtoyer.
La foi elle-même peut alors devenir un instrument de distinction : nous nous croyons plus fidèles, plus lucides ou plus authentiquement chrétiens que les autres.
Or la vérité chrétienne ne se défend pas en humiliant celui qui la cherche autrement. La charité ne consiste pas à renoncer à toute conviction, mais à refuser que nos convictions nous dispensent de respecter notre frère.
Écouter ne signifie pas approuver. Dialoguer ne signifie pas tout relativiser. Reconnaître la bonne foi de l’autre ne nous oblige pas à renoncer à ce que nous croyons juste.
Cela demande simplement de distinguer la personne de ses opinions, de prendre le temps de comprendre son raisonnement et de reconnaître que notre propre regard peut être partiel.
Une Église où l’on n’a pas besoin de penser pareil pour cheminer ensemble
Dans nos paroisses, cette question est très concrète. Nous nous retrouvons pour célébrer l’eucharistie, prier, servir, accompagner les familles, visiter les personnes isolées, transmettre la foi aux jeunes. Nous venons avec nos histoires, nos sensibilités et nos convictions.
Faut-il que nos divergences deviennent un obstacle à tout ce que nous pouvons vivre ensemble ?
La communion chrétienne n’est pas l’uniformité. Elle ne nous demande pas de gommer nos différences, mais de les habiter autrement. Elle nous rappelle que personne ne possède à lui seul toute la richesse de l’Évangile et que la vie fraternelle peut nous apprendre quelque chose, même lorsque la rencontre nous dérange.
Nous pouvons nous opposer fermement sur une question et continuer à prier ensemble. Nous pouvons contester une idée sans mépriser celui qui la défend. Nous pouvons même reconnaître, chez quelqu’un dont nous ne partageons pas les choix, une générosité, une fidélité ou un souci des autres qui nous interpellent.
C’est sans doute là que notre foi se vérifie : non pas seulement dans ce que nous affirmons, mais dans la manière dont nous traitons ceux avec lesquels nous ne sommes pas d’accord.
Choisir nos combats sans perdre nos frères et sœurs
Le titre de Marie-Gabrielle Balland nous laisse une belle question : on choisit ses combats, pas sa famille.
Nous ne sommes pas obligés de renoncer à nos engagements. Certaines causes méritent que nous nous mobilisions, que nous argumentions, que nous prenions position. Mais nous pouvons choisir de mener ces combats sans transformer nos frères et sœurs en ennemis.
J’aimerais que nos communautés soient des lieux où l’on puisse exprimer un désaccord sans être immédiatement catalogué, où les convictions puissent être confrontées sans que la dignité des personnes soit mise en cause, où l’on apprenne à se parler plutôt qu’à se condamner à distance.
Et si nous commencions par une question toute simple, avant de répondre à celui qui nous irrite : qu’est-ce qui, dans son parcours ou dans ses convictions, peut m’aider à mieux comprendre sa manière de voir ?
Nous ne tomberons pas toujours d’accord. Ce n’est d’ailleurs pas la promesse de l’Évangile. Mais nous pouvons choisir de ne pas laisser nos désaccords prendre toute la place, au point d’oublier ce qui nous unit.
Au cœur de notre foi, il y a le Christ. Il ne nous rassemble pas parce que nous avons déjà tout compris, mais parce que nous avons encore à apprendre de lui et les uns des autres.
