Oui, Seigneur, tu peux compter sur moi đź™ŹđźŹ»

Nous sommes prompts à critiquer les dysfonctionnements de notre pays, et nous avons raison quand ils sont effectifs. Mais il nous faut aussi saluer ce qui, chez nous, est quand même précieux, et notamment tout ce qui relève de la sécurité sociale.

Ainsi, si je perds mon emploi, je vais pouvoir disposer, certes aujourd’hui dans un temps, dans une durĂ©e dĂ©terminĂ©e, de revenus de remplacement que sont le chĂ´mage.

Ă€ l’Ă©poque de JĂ©sus, il n’y avait pas de chĂ´mage et, quand on voulait se faire embaucher, il n’y avait pas d’ONEM ou d’ADEM pour pouvoir poster sa candidature. On allait sur la place publique en espĂ©rant qu’un employeur passe.  On n’avait en gĂ©nĂ©ral pas de rĂ©serve sur un compte bancaire et, si au soir de la journĂ©e, on n’avait pas Ă©tĂ© embauchĂ©, la famille allait sucer son pouce.

Ce jour-lĂ , JĂ©sus s’adresse Ă  ses disciples. Il ne s’adresse pas Ă  la foule, il s’adresse Ă  ses disciples. Ceux-ci ont Ă©tĂ© tĂ©moins des propos de JĂ©sus qui avait dit, en regardant le jeune homme riche qui se dĂ©tournait du chemin que JĂ©sus lui proposait, qu’il Ă©tait difficile pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu et que seul Dieu pouvait faire cela. Et Pierre alors s’Ă©tait demandĂ© : « Et nous qui avons tout quittĂ© pour te suivre ! » On reconnaĂ®t bien Pierre, Ă©videmment. Eux qui ont abandonnĂ© leur vie d’avant pour se mettre avec le MaĂ®tre, sans doute mĂ©ritent-ils une rĂ©compense. Et JĂ©sus alors de leur livrer cette merveilleuse parabole des ouvriers de la onzième heure, comme on dit : ces ouvriers que le maĂ®tre appelle Ă  aller travailler Ă  sa vigne. APPEL !   L’appel, il parcourt toute l’Écriture. On entend Abraham appelĂ© par Dieu Ă  quitter sa terre, la maison de son père, et s’en aller lĂ  oĂą le Seigneur le guiderait, sans avoir de destination prĂ©cise ni de GPS dans la poche. On entend MoĂŻse appelĂ© Ă  aller dĂ©livrer le peuple qui souffre sous le fouet des chefs de corvĂ©e en Égypte. On peut lire les rĂ©cits des diffĂ©rentes vocations des prophètes et puis, bien sĂ»r, on est tĂ©moin aussi de JĂ©sus qui, au bord du lac, appelle les disciples, ou encore Matthieu Ă  son bureau de publicain.

La vocation, elle traverse toute l’Écriture, comme pour nous dire : c’est notre affaire. Tous, nous avons une vocation. Tous, nous sommes appelĂ©s. AppelĂ©s Ă  ĂŞtre disciples du Seigneur.

AppelĂ©s Ă  marcher sur la route de l’Évangile. Nous ne sommes pas appelĂ©s pour quelque chose de rude. Nous sommes appelĂ©s au chemin de bonheur que nous propose l’Évangile. Souvenez-vous : en Matthieu, le discours sur la montagne commence par rĂ©pĂ©ter le mot « heureux, heureux, heureux ». JĂ©sus est venu nous appeler au vrai bonheur. Marcher sur la route de l’Évangile nous Ă©panouit pleinement et rend possible une rĂ©elle fraternitĂ©. En ce sens-lĂ , il est gage de longĂ©vitĂ© pour l’humanitĂ©. Car si nous vivons pleinement l’Évangile, il n’y a pas de guerre, il n’y a pas d’hostilitĂ©, il n’y a pas de haine, il n’y a pas d’exclusion et d’inĂ©galitĂ©. Il y a cette humanitĂ© nouvelle qui est en germe depuis cet appel premier que JĂ©sus a adressĂ© Ă  ses disciples et qui rĂ©sonne jusqu’Ă  chacun de nous.

Cet appel, il ne faut pas avoir trois mois, six mois, huit mois pour l’avoir. C’est tout au long de notre vie qu’il rĂ©sonne comme pleinement actuel. Et quel que soit le moment oĂą l’on emboĂ®te le pas du MaĂ®tre, nous sommes invitĂ©s Ă  goĂ»ter Ă  la saveur du bonheur Ă©vangĂ©lique. 

Et c’est pourquoi, tout Ă  l’heure, nous allons appeler les catĂ©chumènes prĂ©sents, ceux qui se prĂ©parent Ă  recevoir les trois sacrements de l’initiation, ainsi que leur parrain de prière. Ils auront un parrain pour les accompagner, de leur choix, mais la communautĂ© va leur offrir un parrain de prière qui va les porter tout au long de cette annĂ©e jusqu’Ă  la nuit pascale. Deux vocations : celle de prier pour les autres, ça fait partie de notre vocation de chrĂ©tien, et puis celle qui rĂ©sonne Ă  tout âge dans le cĹ“ur d’hommes et de femmes, de jeunes et de plus âgĂ©s qui, tout Ă  coup, dĂ©couvrent qu’ils sont aimĂ©s inconditionnellement par Dieu et acceptent de marcher avec lui. Et s’il y en a parmi vous qui n’ont pas encore emboĂ®tĂ© le pas du Seigneur, qui se posent la question : « Moi, je n’ai pas Ă©tĂ© baptisĂ© ou bien je n’ai pas fait ma première communion, ou encore je n’ai pas reçu le sacrement de confirmation », il est encore temps.

Le maĂ®tre sortit au petit jour, mais aussi Ă  la onzième heure. Et Ă  chacun, il a dit : « Va travailler Ă  ma vigne, va Ĺ“uvrer Ă  l’annonce de l’Évangile, va te mettre au service de ce qui en vaut vraiment la peine : proposer Ă  tes frères de goĂ»ter la saveur d’ĂŞtre aimĂ© de Dieu et de le partager Ă  d’autres. Il n’est jamais trop tard. »

Avec les premiers, le maĂ®tre avait fait un contrat : « Vous aurez un denier. » Paie tout Ă  fait honorable pour le travail d’une journĂ©e. Les suivants, il leur avait dit : « Je te donnerai ce qui est juste. » Et au dernier, il n’a rien promis. Mais Dieu n’a pas un boulier compteur. La « machine Ă  calculer Â» … enfin, c’est dĂ©passĂ© maintenant, c’est le smartphone, mais elle n’a pas d’importance pour lui. Quand il donne, il donne sans mesure. Quand il pardonne, c’est sans compter. Quand il s’offre, il s’offre totalement, et nous allons le cĂ©lĂ©brer dans l’Eucharistie.

Mais aujourd’hui, alors que nous cĂ©lĂ©brons notre messe de rentrĂ©e, rappelons-nous cette vocation de notre baptĂŞme Ă  ĂŞtre disciple, c’est-Ă -dire Ă  nous tenir auprès du MaĂ®tre pour accueillir sa parole, la laisser nous transformer de l’intĂ©rieur, pour progressivement nous configurer Ă  lui, pour que, petit Ă  petit, comme le disait Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » C’est cela auquel nous sommes appelĂ©s.

Et en mĂŞme temps, nous ne sommes pas appelĂ©s pour simplement savourer le bonheur et le privilège d’ĂŞtre aimĂ© de Dieu. Nous ne sommes pas appelĂ©s pour nous reconnaĂ®tre avec fiertĂ© enfants de Dieu uniquement. Nous sommes aussi appelĂ©s pour ĂŞtre envoyĂ©s.  Car ce que l’on reçoit, ce n’est pas pour le thĂ©sauriser, mais c’est pour l’offrir largement. Et c’est pourquoi le pape François avait dĂ©veloppĂ© cette merveilleuse thĂ©matique qui Ă©voque bien la dignitĂ© chrĂ©tienne : « Nous sommes des disciples-missionnaires Â» avec un trait d’union entre les deux, comme si l’on ne pouvait pas ĂŞtre l’un sans l’autre. On est appelĂ© Ă  ĂŞtre avec le Seigneur et d’emblĂ©e Ă  rayonner de lui.  On est appelĂ© Ă  tĂ©moigner de sa parole par toute notre vie et, en mĂŞme temps, Ă  nous ressourcer Ă  ses cĂ´tĂ©s dans la beautĂ© des sacrements que nous offre l’Église, dans la richesse et la saveur d’une parole partagĂ©e et que nous sommes appelĂ©s Ă  vivre, Ă  mettre en pratique.

Pour que notre unitĂ© pastorale vive, il faut que les baptisĂ©s prennent pleinement leur part de la mission. Et pour cela beaucoup se sont dĂ©jĂ  portĂ©s candidats. Beaucoup Ĺ“uvrent au cĹ“ur de nos communautĂ©s pour que la vie chrĂ©tienne soit effective dans l’annonce de la foi, dans la prière et la cĂ©lĂ©bration, et dans la solidaritĂ© et la fraternitĂ©. Mais il y a encore du travail Ă  la vigne. MalgrĂ© que beaucoup aient rĂ©pondu, les ouvriers sont encore trop peu nombreux. Et donc, le Seigneur continue Ă  appeler. Il appelle des hommes pour devenir prĂŞtres. Il appelle des femmes pour devenir religieuses. Il appelle des baptisĂ©s pour prendre leur part, tout simplement, Ă  la mesure de leur talent et de leur disponibilitĂ©, pour que leur communautĂ© chrĂ©tienne soit vivante, pour qu’elle nourrisse la foi de ceux qui participent et pour qu’elle transforme de l’intĂ©rieur, tel un ferment, la sociĂ©tĂ© dans laquelle elle est insĂ©rĂ©e.

Et pour ce faire, je lance l’appel aujourd’hui. Notre Ă©quipe pastorale a proposĂ© une grille dans laquelle elle dĂ©crit tout ce qu’il y a comme missions dans la communautĂ©, avec des engagements Ă  la mesure de chacun, selon les talents de chacun, selon la disponibilitĂ© de chacun. Et je vous invite Ă  y rĂ©pondre gĂ©nĂ©reusement. Vous la trouverez bien sĂ»r sur le site internet de notre unitĂ© pastorale, mais vous la trouverez aussi aux deux entrĂ©es de notre Ă©glise. N’ayez pas peur de prier en parcourant cette grille et de demander au Seigneur : « Et moi, aujourd’hui, comment veux-tu que je fasse fructifier ma vocation baptismale ? »  Et ce discernement que l’Esprit va opĂ©rer en vous va vous permettre de prendre vraiment votre place dans nos communautĂ©s, de telle manière que ces communautĂ©s soient vivantes, chaleureuses. Saint Paul aurait voulu dĂ©jĂ  ĂŞtre avec le Christ, tellement il est uni Ă  lui depuis qu’il a fait cette expĂ©rience de sa prĂ©sence et de son amour sur la route de Damas. Mais il a aussi de l’amitiĂ© pour ses frères qu’il a Ă©vangĂ©lisĂ©s. Il sait que, pour eux, il a reçu une mission et que cette mission est importante, capitale, vitale.

Il en va de même pour nous. Nous sommes tous appelés, au titre de notre baptême, à être apôtres. Alors, ne manquons pas de répondre avec générosité.

« Oui, Seigneur, tu peux compter sur moi. »

Homélie du doyen d’Arlon, l’abbé Pascal ROGER à l’occasion de la messe de rentrée pastorale de l’UP Notre-Dame d’Arlon

Nous sommes invitĂ©s Ă  cliquer sur ce lien pour prendre connaissance du questionnaire en ligne : L’APPEL

https://forms.gle/xr5xXUKSvsPqbXQg6