Un message fort, habité, profondément humain et spirituel, qui rappelle que l’Esprit Saint n’est pas une idée abstraite mais une présence vivante qui nous pousse à devenir artisans de paix, d’unité et d’espérance. En cette fête de la Pentecôte, nous avons été profondément touché par l’homélie de Mgr Fabien LEJEUSNE lors des confirmations.
Dans un monde souvent marqué par les divisions, les peurs et les replis, cette parole résonne avec une étonnante actualité : « Êtes-vous prêts à laisser Dieu agir dans vos vies ? Êtes-vous prêts à agir vous-mêmes pour la vie du monde, pour le bien commun ? » Une question simple… mais qui continue de travailler le cœur bien après la célébration. Merci à tous les confirmands pour leur témoignage de foi et leur engagement. Merci également à tous ceux qui accompagnent, encouragent et font vivre l’Église au quotidien. Belle fête de la Pentecôte à toutes et tous ![]()
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Texte intégral de l’homélie de Mgr Fabien LEJEUSNE
En cette fête de la Pentecôte, voici que nous entendons les récits de la générosité de Dieu à travers le temps. Quoi de plus normal, me direz-vous, puisqu’il a donné sa vie pour le monde ? Et cela ne suffit pas pour dire l’immensité de la prévenance de Dieu envers notre humanité, envers nous aujourd’hui encore. Et même si cela peut nous sembler parfois peu évident, c’est bien de cela dont il s’agit : de célébrer ensemble la générosité, la prévenance de Dieu envers notre humanité, envers chacun de nous en particulier.
L’Esprit de Dieu à travers le temps est celui qui fait l’unité. C’est lui qui est source de la paix, comme nous l’avons entendu dans ce récit où Jésus commence par donner la paix à ceux vers qui il va, à nous aujourd’hui. C’est lui qui fait l’unité, c’est lui qui fait la paix quand l’homme cherche à dominer, à diviser.
Et nous entendons ces récits où il nous est précisé que des femmes, des hommes venaient de toutes les régions et chacun parlait sa langue, et ça ne pose pas de problème. Même les langues différentes, même les cultures différentes, même les origines différentes, même quand elles dépassent notre seul pays, si tant est que l’on soit du nord ou du sud, au-delà même de nos frontières, non, la différence n’est pas un obstacle à l’unité que Dieu veut nous donner.
Quel paradoxe, quand on veut assurer la paix, que de vouloir dominer l’autre, que de diviser, d’opposer, de s’en remettre à des alliances meurtrières, à des alliances militaires qui n’ont d’autre but que finalement opposer, diviser, tuer. Quand l’homme cherche à obtenir la paix sans Dieu, il n’a plus qu’à se fier à des alliances qui, au lieu de promouvoir la beauté de la création, détruisent celle-ci, à commencer par les femmes et les hommes qui habitent cette création que Dieu nous a donnée par amour.
Quand l’homme cherche à obtenir la paix et l’unité sans s’en remettre à celui qui est source de cette paix, il construit des murs, des tours, des engins de destruction. Quel paradoxe que de vouloir faire l’unité sans Dieu, lui qui unit toute vie, qui unit notre propre vie.
En cette fête de la Pentecôte, et particulièrement au jour de votre confirmation, nous sommes dans l’action de grâce. L’action de grâce pour l’accomplissement de la promesse que Jésus fait à ses disciples au moment de monter vers son Père : « Vous ne serez jamais seuls. »
À l’heure où nous célébrons la Pentecôte, quelle bonne nouvelle pour nous : Dieu ne nous laisse pas seuls. En ce jour de Pentecôte, notre action de grâce va parce que cette promesse transforme nos vies. Et c’est sans doute pour cela que vous demandez aujourd’hui à recevoir ce sacrement de la confirmation, parce que vous êtes conscients que, par le baptême que vous avez reçu, Dieu transforme vos vies et vous voulez les rendre plus disponibles encore à l’action de Dieu pour aujourd’hui.
En ce jour de Pentecôte, nous sommes dans l’action de grâce parce que l’accomplissement de cette promesse fait de nous des témoins de ce que Dieu accomplit en notre humanité et dans chacune de nos propres vies. Nous sommes donc dans l’action de grâce pour les dons de l’Esprit reçus au jour de notre baptême, ce même Esprit qui nous fait connaître et reconnaître Dieu comme étant notre Père.
Et au cours de cette célébration, nous nous tournerons encore vers lui pour lui demander de soutenir notre marche, de faire advenir son règne, de nous donner ce qui est nécessaire pour chaque jour, à commencer par le pain quotidien. Voyez comment Dieu est prévenant envers chacun d’entre nous.
Bien sûr, les dons de sagesse, d’intelligence, de force, de conseil, de science, de piété ou de crainte de Dieu nous sont donnés une fois pour toutes au jour de notre baptême, et ils irriguent notre vie comme un fleuve d’eau vive, pour reprendre l’Évangile qui nous était déjà donné dans la veillée lors de laquelle j’ai déjà eu la joie de confirmer une partie des près de 80 jeunes et adultes qui sont confirmés cette année. Alors : jeunes et moins jeunes d’ailleurs, mais 80 adultes qui cheminent ainsi depuis quelques temps.
Oui ! Comment laissons-nous ces dons que Dieu nous a donnés irriguer l’ensemble de notre vie ? Notre manière d’être parent, notre manière d’être enfant, notre manière d’être peut-être même grand-parent, d’être femmes et hommes au milieu de ce monde qui a tant besoin de paroles d’espérance ?
Par ce sacrement de la confirmation que vous recevrez dans quelques instants, vous demandez à Dieu de déployer ce qu’il vous a déjà donné en germe au jour de votre baptême, et Dieu dans sa bienveillance vous l’accorde avec générosité.
N’oubliez jamais, vous qui allez être confirmés, et ceux qui l’ont peut-être déjà été ou qui pensent, pourquoi pas, à demander la confirmation, n’oubliez jamais que Dieu donne plus que nous n’osons nous-mêmes demander. Et qu’avec cette promesse d’envoyer l’Esprit Saint qu’il fait vivre, il promet aussi : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. »
N’hésitez donc pas ! Demandez au Seigneur. Demandez au Seigneur de soutenir votre marche. Demandez au Seigneur de faire de vous des témoins, des prophètes, des disciples. Demandez sans cesse à Dieu d’augmenter en vous la capacité à vous mettre au service du bien de tous. Il vous a donné à chacun pour que vous le mettiez au service de tous.
Ne gardez donc pas ce trésor de générosité. Ne l’enfermez pas dans une boîte jusqu’à … je ne sais quand.
Saint Augustin, grand parmi les grands, écrivait dans sa règle au service des moines qu’il rassemblait autour de lui, ceci à propos de la mise en commun des biens propres : « En un mot » disait-il « Que nul d’entre vous ne fasse quoi que ce soit pour son profit personnel, mais que tous vos travaux soient accomplis pour l’utilité commune, et cela avec un zèle plus grand et un élan plus assidu que si chacun de vous s’occupait de ses propres affaires dans son intérêt propre. »
On dit en effet de la charité qu’elle ne cherche pas son propre intérêt. Cela veut dire qu’elle fait passer l’intérêt commun avant les intérêts personnels, et non pas les intérêts personnels avant les intérêts communs. Et pour cette raison, vous aurez la certitude d’avoir fait d’autant plus de progrès que vous aurez apporté plus de soins au bien commun qu’à vos intérêts personnels. Qu’ainsi l’usage indispensable de tous les biens passagers soit dominé par la charité qui demeure pour l’éternité.
Oui, ces dons qui nous sont donnés à titre personnel le sont pour le bien du genre humain. Bien sûr, saint Augustin évoquait ici ce que les frères doivent mettre en commun quand ils rentrent au monastère, mais il en va de même pour les biens et pour les dons de notre baptême, pour les dons qui aujourd’hui vont se développer d’une manière extraordinaire en vous par le sacrement de la confirmation que vous allez recevoir, chacun en fonction de la personnalité qui est la vôtre, chacun en fonction de son histoire.
Aujourd’hui, Dieu par l’Esprit continue de nous accompagner, d’accompagner son Église, de la nourrir, de l’abreuver par l’onction reçue au jour de notre baptême et par celle que vous recevrez aujourd’hui. Dieu continue de s’incarner. Nous faisons ainsi participer à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi.
Il nous envoie à notre tour en mission. Nous l’avons entendu dans l’Évangile : il nous envoie en mission pour annoncer la paix comme il l’a fait lui-même avec ses disciples. Le sacrement de la confirmation est donc celui de l’envoi en mission.
Alors, on va quand même attendre la fin de notre célébration, mais vraiment : allez ! Allez à travers le monde annoncer que Dieu est généreux avec notre humanité, qu’il nous accompagne jour après jour parce qu’il est vivant et parce qu’il aime la création qu’il a fait vivre par son propre souffle.
Le sacrement de la confirmation est donc celui de l’envoi en mission pour annoncer par nos paroles, et plus encore par nos actes, et certainement par la cohérence entre l’un et l’autre, annoncer donc que Dieu ne nous abandonne pas, même si les apparences semblent dire le contraire.
La création tout entière gémit en douleurs d’enfantement encore aujourd’hui. L’Esprit vient au secours de notre faiblesse. L’Esprit vient au secours de notre humanité. À nous de lui prêter notre voix, nos mains, nos jambes, notre cœur pour que la création retrouve sa beauté originelle.
Les raisons qui vous amènent à demander aujourd’hui — il y a quelques temps, mais à recevoir aujourd’hui — ce sacrement de la confirmation sont diverses et elles sont connues de chacun d’entre vous. Vous me les avez écrites et vous me les avez partagées quand nous nous sommes rencontrés à Beauraing. Elles sont aussi diverses que les circonstances de la vie qui font que vous n’avez pas reçu ce sacrement plus jeune.
Et pourtant, par chacune de vos histoires, c’est encore la générosité de Dieu qui s’exprime au-delà des circonstances de la vie, des paroles ou des gestes qui peut-être vous ont éloignés pour un temps, ou simplement d’un choix d’attendre une plus grande maturité pour vivre cette beauté du sacrement de la confirmation.
Vous savez, vous, pourquoi aujourd’hui vous demandez à Dieu de déployer ce qu’il vous a donné, de vous rendre capables d’utiliser pleinement ces dons de l’Esprit, parce que vous faites et vous avez fait l’expérience que Dieu, toujours, a été présent avec vous, qu’il ne s’est jamais désengagé.
À votre tour donc, vous qui allez recevoir ce sacrement, engagez-vous. Et ce n’est pas un slogan pour rentrer dans l’armée. Engagez-vous à la suite du Christ. Soyez des femmes et des hommes de paix. Prenez le parti des pauvres, des petits, de ceux dont le cri monte de la terre vers le Seigneur. Bref, vivez pleinement de l’Évangile.
Et cette parole, pour être clair, ne s’adresse pas seulement aux confirmands. C’est valable pour tous ceux qui un jour de leur vie ont été plongés par le baptême dans la mort et la résurrection du Christ. Plus encore, c’est valable pour toute femme et tout homme de bonne volonté.
Est-ce facile ? Non. Soyons clairs : nous ne choisissons pas, chrétiens, la voie de la facilité. Pouvez-vous compter sur Dieu ? Oui.
Demandez sans cesse que se renouvellent en vous les dons de son Esprit. Même s’ils vous sont donnés une fois pour toutes, demandez au Seigneur en fonction des circonstances : « Seigneur, augmente en moi l’esprit de foi. Seigneur, guide mon discernement. Seigneur, donne-moi la force nécessaire pour annoncer au monde que tu es vivant. »
Demandez donc au Seigneur de renouveler sans cesse les dons de l’Esprit qui guideront vos choix. Pouvez-vous compter sur vos frères et sœurs qui ont été plongés dans le même baptême que vous ? Telle est notre espérance.
Car si nous avons été plongés dans le même baptême, nous l’avons entendu, chacun nous avons des dons divers, chacun nous avons des services différents à mettre au service d’un seul corps : le corps du Christ, au service du bien commun.
Telle est donc notre espérance : qu’ensemble nous pouvons vraiment, mais vraiment, changer le monde. Telle est notre espérance car Dieu agit en tous et pour tous.
Pour cela, permettez-moi donc de terminer avec cette question qui s’adresse à vous qui allez être confirmés dans quelques instants, et plus largement à vous tous qui avez été plongés dans le baptême : êtes-vous prêts à laisser Dieu agir dans vos vies ? Êtes-vous prêts à agir vous-mêmes pour la vie du monde, pour le bien commun ?
Laissez Dieu agir avec vous, par vous et en vous. Amen.
+ Mgr Fabien LEJEUSNE

