À Stockem, la foi se vit coude à coude

À Stockem, deux communautés que tout semblait séparer ont appris à se rencontrer, à se connaître… et à faire Église ensemble.
Dans cet article, Fiacre Muhimpundu, chrétien catholique engagé et journaliste de formation et de profession, nous partage un regard juste et incarné sur cette vie communautaire en mouvement.
Par la plume et par la parole, qu’il met librement au service de l’Église et de la communauté, il nous invite à découvrir une expérience profondément humaine et évangélique, où la proximité, le service et la foi deviennent un chemin de donner et de recevoir.

Coude à coude, les paroissiens de Sainte Walbourge à Stockem et les demandeurs d’asile du Centre voisin célèbrent leur vie communautaire

On ne choisit pas son voisin, dit-on, … les deux communautés à la diversité notable sur plusieurs aspects se sont retrouvées à partager un bout de chemin ecclésial sur la terre du pays d’Arlon, précisément dans la localité de Stockem.  Se retrouvant chaque dimanche matin pour célébrer la messe dominicale, les uns et les autres reconnaissent les bienfaits d’une proximité rendue bien réelle avec l’exiguïté de la petite salle servant désormais de chapelle depuis l’incendie de 2022 qui a abîmé la sacristie de l’église paroissiale Sainte-Walbourge.

« Le rapprochement coude à coude dans la chaleur de la messe dominicale qui contraste avec l’extérieur bien hivernal nous a poussé, peut-être à notre insu, à s’apprécier réciproquement dans nos différences raciales, culturelles et historiques. », dit Rosette en lisant le message d’accueil du nouveau prêtre envoyé pour servir dans l’Unité Pastorale d’Arlon et qui a célébré la messe lors de la fête de la patronne paroissiale.

Les deux communautés ne manquent pas d’occasions pour se retrouver, au moins une rencontre fraternelle d’envergure d’agapè par mois est organisée.

En novembre 2025, à l’initiative et à l’invitation de l’Organisation caritative Vincent de Paul à Arlon, les demandeurs d’asile, établis dans cette commune du sud de la Belgique frontalière avec le Luxembourg, se sont joints aux habitants de la localité pour passer un moment convivial ensemble. Non sans raison, mais, comme l’a stipulé la Présidente de Vincent de Paul dans son mot liminaire, la journée dédiée aux personnes précarisées a été la source d’inspiration de l’idée d’inviter chacune et chacun à sortir vers l’autre, à la rencontre de l’autre. Les couleurs, les sons et les images du jour faisaient resplendir la diversité à la fois culturelle et géographique dans la salle de l’Institut Notre Dame d’Arlon qui a abrité les deux communautés destinées à vivre ensemble, celle des primo arrivants et celle des résidents de longue date, dont des natifs de la commune d’Arlon.

Le repas agrémenté par la musique jouée et dansée selon les richesses culturelles variées
Au rendez-vous du donner et du recevoir

Il s’agit d’une première à Arlon, de voir les deux communautés ensemble, comme l’atteste Francine, locataire du Centre « Visages du monde », qui regroupe plus de 300 demandeurs de la protection internationale en Belgique : « C’est la première fois que nous sortons rencontrer nos voisins dans un cadre aussi chaleureux où l’on apprend à se parler sans regards interrogateurs et méfiants d’un côté comme de l’autre. On a l’impression que l’on se retrouve au rendez-vous du donner et du recevoir. »

Partant de son parcours personnel, Ildefonse, demandeur d’asile, aujourd’hui intégré dans la communauté au moyen de son travail dans une usine à Arlon, livre son impression : « Les demandeurs d’asile sont mieux intégrés quand ils sont placés plus dans la position de contribuer par le travail de leurs mains et de leurs têtes que dans la situation de recevoir des aides matérielles sur de longues durées. Ce sont des mois, voire même des années où la personne demeure dans une situation d’assisté sans pouvoir être en mesure de donner ses forces physiques et mentales pour le bien commun.  Il s’agit là d’une perte dommageable à tous. La vie communautaire autour de notre paroisse nous en donne l’occasion. »

Ces propos sont renforcés par la réalité de ce dynamisme communautaire vu en date du 17 janvier, lors des travaux de nettoyage de l’église paroissiale de Stockem réparée, afin de la préparer à l’inauguration prochaine qui aura lieu le dimanche 1er mars. Les paroissiens d’origine, bras dessus bras dessous avec les primo-arrivants du centre de demandeurs d’asile, ont rincé, rangé, dépoussiéré et apprêté l’église à redevenir fréquentable après les travaux de réfraction de plusieurs mois. La joie de donner perceptible aux visages de ces paroissiens en plein mouvement a fait briller les yeux du Doyen, Abbé Pascal, qui est passé voir de ses propres yeux cette communauté en action.

Il est à noter que, le nombre des personnes convoquées chaque dimanche à la table du Seigneur et qui y répondent est bien réduit autant du côté des résidents de Stockem, que du côté des demandeurs d’asile, par rapport aux personnes attendues. Il s’agit d’une situation douloureuse, tant la distance sociale entre les communautés des Arlonais et des primo arrivants semble grande mais elle n’est pas spécifique à l’Unité Pastorale d’Arlon. N’est-ce pas que de tous les temps et partout, beaucoup sont appelés, mais peu répondent ? L’important est de garder la conscience d’appartenir à une même Eglise, la mère de tous, sachant que tous sont candidats au salut du Christ. C’est là que la disponibilité de chaque paroissien est requise, pour donner sa contribution à l’édifice. Arsène, du centre de demandeurs d’asile de Stockem, n’hésite pas à sauter sur son vélo chaque samedi après-midi pour se rendre vers la Paroisse du Saint Sacrement pour donner la catéchèse aux enfants qui préparent leur première communion. En donnant, davantage il reçoit : « Chaque samedi, j’expérimente la joie de servir les enfants en leur annonçant la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Je me dis que le grain qui est semé dans leurs petits cœurs grandira au fur du temps, tel le grain de moutarde qui deviendra un grand arbre à la gloire de Dieu dans leur vie. »

La moisson étant abondante, chacun peut toujours trouver de l’espace dans le champ du Maître, afin de donner sa contribution. Les paroissiens de Sainte Walbourg essaient de s’y mettre, ensemble.

Fiacre Muhimpundu