Octave 2025 : Homélie de clôture

Homélie prononcée par Mr l’abbé Pascal ROGER, doyen d’Arlon lors de la messe de clôture de l’Octave à Notre-Dame d’Arlon le dimanche 7 septembre 2025

Dans cette homélie, Mr le doyen nous invite à réfléchir à la question de la preuve de l’existence de Dieu. Il rappelle que l’on a souvent voulu démontrer Dieu par la science, l’archéologie ou des récits extraordinaires… mais qu’en réalité, il ne s’agit pas de preuves, mais de signes. Et parmi ces signes, l’un des plus éloquents est l’événement de la Pentecôte : des disciples apeurés, enfermés par crainte, deviennent soudain témoins courageux, audacieux et remplis de l’Esprit.

C’est là un signe fort : Dieu est à l’œuvre dans son Église et c’est son Esprit qui conduit la mission des croyants.

L’homélie poursuit en montrant comment Marie est le modèle de l’Église. Tout au long de l’octave, différentes figures de Marie ont été méditées :

  • Marie à l’Annonciation, toute disponible à Dieu et disant « oui » à son projet.
  • Marie en visite chez sa cousine, figure de service et d’attention aux plus fragiles.
  • Marie à Cana, attentive aux besoins et intercédant auprès de son Fils.
  • Marie sur le chemin de croix, présente dans l’épreuve et la douleur.
  • Marie éducatrice, qui accompagne Jésus et préfigure la mission catéchétique de l’Église.
  • Marie au Cénacle, priant pour le don de l’Esprit afin que l’Église puisse rayonner.

À travers toutes ces images, le message est clair : Marie nous apprend ce que signifie être Église aujourd’hui — une Église qui prie, qui sert, qui enseigne, qui accompagne et qui témoigne avec courage, animée par la force de l’Esprit-Saint.

L’homélie se conclut sur une invitation : comme Marie, demander sans cesse à l’Esprit de nous guider et de nous donner la force d’accomplir notre vocation chrétienne dans le monde.

À de nombreuses époques, l’être humain a voulu prouver Dieu ! Comme si la foi ne lui suffisait pas. On a cherché à le prouver, à prouver son existence à travers des faits surnaturels rapportés par les uns ou par les autres. Avec l’avènement des sciences modernes, on a cherché à le prouver à travers l’archéologie, des documents que l’on a pu retrouver peut-être. Et puis par la science, la science appliquée évidemment à tout le domaine des astres, et cetera, et cetera. Et, au moins tous les deux ou trois ans, un livre sort, montrant que, dès maintenant, c’est clair, on a pu prouver l’existence de Dieu. Or, ma conviction, à moi, personnellement, c’est qu’il n’y a pas de preuve de l’existence de Dieu, mais il y a des signes. Et parmi ces signes, un qui me semble flagrant est sans nul doute l’événement de la Pentecôte. Imaginez-vous quelques instants ce groupe de disciples dans la chambre haute à Jérusalem. Portes et fenêtres verrouillées, ils sont complètement paniqués. Ils sont pétrifiés par la peur de subir le même sort que Jésus. Bien sûr, ils ont été réconfortés par les manifestations du ressuscité, mais ils attendent la promesse, la promesse de l’Esprit Saint que Jésus leur a faite et ils l’attendent en se cachant. Qui étaient-ils ces hommes ? Il n’avait pas beaucoup de titres à faire valoir. L’un pêcheur, l’autre collecteur d’impôts, le troisième résistant à l’occupant romain. Tous différents, en général peu qualifiés, qu’avait-il à faire valoir pour assumer une mission d’importance ? Et pourtant, c’est sur eux que le Seigneur s’appuie pour prolonger son œuvre, pour que l’édification du royaume se réalise, pour que son église naisse et vive. Et c’est effectivement ce qui s’est passé. Car si nous écoutons Luc dans le livre des Actes des Apôtres, en un instant, on les retrouve au milieu de la foule nombreuse présente à Jérusalem pour la fête des tentes. On les trouve, annonçant avec audace, la résurrection du Christ comme si tout à coup les peurs les avaient quittés, l’angoisse avait déserté leur cœur et qu’ils étaient devenus habités d’une audace extraordinaire. Comment expliquer cela si ce n’est en reconnaissant que l’Esprit Saint a été donné en abondance à son Église ? Et ça c’est un signe manifeste que c’est Dieu qui est à la manœuvre. C’est Dieu qui conduit son Église. C’est lui qui nous guide pour être témoin de notre foi aujourd’hui et à toute époque de l’histoire. Lorsque le Concile Vatican II a mené sa grande réflexion sur ce qu’était l’Église dans sa nature et dans sa mission, il termine en montrant que Marie est le modèle de l’Église. Et on peut se demander en quoi est-elle modèle pour les croyants ? En quoi est-elle modèle pour la vie de toute l’église et pour sa mission ? Et bien, il nous suffit de refaire le parcours que nous avons réalisé tout au long de cette octave. Rassurez-vous, je ne vais pas reprendre les huit homélies, tenez bon. Mais nous avons médité de jour en jour les évangiles, la plupart des évangiles qui parlaient de Marie et l’on retrouve alors Marie à l’Annonciation toute disponible à accueillir la parole du Seigneur, à coopérer au projet d’amour de Dieu pour l’humanité, projet d’amour et de salut. Dire un « oui » franc et généreux : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». L’Église n’est-elle pas celle qui se rend disponible aux appels du Seigneur et qui répond un « oui » généreux ? Nous avons vu et médité Marie auprès de sa cousine. On a évoqué tout à l’heure Marie qui, sachant que sa cousine était enceinte, avec empressement se met en route pour aller la servir alors qu’elle a déjà atteint un âge respectable. Marie est le modèle de cette Église qui, ce sachant habité par Dieu, se met au service des plus fragiles, des plus pauvres. Nous avons regardé Marie à Cana. Elle est invitée avec son fils pour la fête et elle est attentive à ce qui se passe et elle voit qu’un drame est en train de se jouer. Que fait-elle ? Elle intercède auprès de son fils pour les besoins de ses frères. N’est-ce pas là une mission de toute l’Église de ne cesser d’être attentive à ce qui se passe dans le monde, dans l’humanité et de le porter à Jésus, de le confier à Jésus dans sa prière, d’intercéder pour le monde. Nous avons contemplé Marie au chemin de la croix marchant au côté de son fils. Une Marie éplorée avec le cœur habité d’une douleur extraordinaire mais présente, accompagnant son fils dans l’épreuve. N’est-ce pas là une des belles missions de l’Église que d’accompagner les hommes et les femmes de toutes les époques pour leur faire découvrir qu’ils ne sont jamais abandonnés de Dieu ? Quels que soient les événements qui traversent leur vie, quelle que soit l’épreuve qui surgit au cœur de leur histoire, ils ne sont pas seuls. Dieu est à leur côté et l’Église doit leur signifier par sa capacité d’accompagnement. Mais si nous retournons un peu en arrière dans la chronologie, on voit aussi Marie éducatrice de son fils. N’est-ce pas là aussi une belle mission de l’Église qui enseigne, qui catéchise, qui fait découvrir la beauté de la foi et combien chaque être humain est aimé d’une manière inconditionnelle par Dieu et a une dignité, une dignité inaliénable. Aujourd’hui, nous retrouvons Marie au cénacle, implorant avec les apôtres le don de l’Esprit, demandant que l’effusion de l’Esprit permettent à ses apôtres, choisis par Jésus, d’accomplir la mission reçue de Lui. N’est-ce pas aussi une des tâches de l’Église de demander sans cesse au Seigneur que l’Esprit soit donné en abondance afin que tous les chrétiens puissent rayonner de leur foi auprès de ceux qu’ils rencontrent et puissent œuvrer au cœur du monde afin de le rendre meilleur et que le royaume continue à être en croissance. Et nous pourrions continuer ainsi. Méditer combien Marie est modèle de l’Église. Mais si Marie est modèle de l’Église et tout à l’heure Jessica l’a évoqué, si Marie est modèle de l’Église, notamment à l’issue de la Pentecôte qui est le moment où nait cette Église, c’est parce que elle est, si j’ose dire, de connivence avec l’Esprit-Saint depuis bien longtemps. En effet, l’Esprit-Saint te prendra sous son ombre, avait dit l’ange Gabriel. Marie et l’Esprit-Saint se connaissent bien, si j’ose dire, et elle sait combien quand l’Esprit agit, les fruits sont nombreux et multiples. Aujourd’hui, regardons encore Marie qui nous aide à vivre pleinement notre vocation chrétienne dans toutes ces dimensions de prière, dans sa dimension d’annonce de la foi, dans sa dimension de service des plus pauvres. Et ne manquons pas de demander à l’Esprit-Saint de nous donner la force d’être à la hauteur de la tâche. Il ne nous fera jamais défaut.

Abbé Pascal ROGER Doyen d’Arlon