Homélie d’ouverture de la neuvaine à ND de Lourdes février 2023

Frères et sœurs,

Le 2 mars 1858 , lors de la 13ème apparition, la Dame du rocher confie une mission à Bernadette : « Allez dire aux prêtres que l’on bâtisse ici une chapelle et qu’on y vienne en procession » . Une mission étonnante pour Bernadette qui ne comprend pas grand-chose à ce qui lui est demandé. Mais elle a dit « Oui » à la Dame et elle part en courant vers le presbytère du curé Peyramale, car pour elle, les prêtres c’est le curé ! Un homme de devoir, peu enclin aux amabilités. Mais sous des dehors rudes et austères, il cache un grand cœur. Il vit sobrement et donne le peu qu’il a aux pauvres. Bernadette ne le connaît pas. Dès le début des apparitions, elle s’est plutôt confiée au vicaire, l’abbé Pomian.. qui l’a longuement écoutée. Peyramale est particulièrement agacé par tout le tintamarre autour de la grotte et par la famille Soubirous qui sème le désordre dans sa paroisse. Les gens, en effet, préfèrent se rendre en nombre à la grotte – ils sont plus de 1700 ce jour-là – plutôt que de se rendre à l’église paroissiale suivre les exercices spirituels que le curé a organisés pour le temps du carême. Bernadette sera tellement désarçonnée par l’accueil glacial du curé qui la reçoit sur le pas de la porte, qu’elle en perdra ses moyens. Il lui faudra deux visites grâce à la complicité de Dominiquette Cazenave, la sacristine, pour tout dire au curé (et la chapelle et la procession) qui restera de marbre.

Dans le cœur à cœur avec la Dame qui a commencé le 11 février, Bernadette a découvert avec émerveillement la grâce de son baptême. Elle a été regardée avec amour et délicatesse « comme une personne parle à une autre personne » par cette Dame qui lui souriait et la vouvoyait. Dans le sourire de la Dame, elle découvre un Dieu qui l’aime infiniment et passionnément, elle la moins que rien qui était totalement marginalisée. Dans le sourire de la Dame, elle existe vraiment (et peut-être pour la première fois de sa vie) comme une personne digne de respect. Et Marie, lors de la première rencontre, lui a appris à tracer sur elle un beau et large signe de la croix pour se couvrir entièrement de l’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit. Cet amour qui a coulé sur elle le jour de son baptême, comme il a coulé sur chacun et chacune d’entre nous. Dans la mission (la première) que la Dame lui confie, Bernadette ne fait que déployer la grâce de son baptême qui a fait d’elle un prêtre, un prophète et un roi. Témoin de la Bonne nouvelle de Jésus Christ. Le pèlerin qui vient à Lourdes fait aussi cette expérience : retrouver la grâce et la beauté de son baptême et la mission qui lui est liée. C’est déjà une expérience d’Eglise.

Bâtir une chapelle (l’Eglise) ici dans la grotte… A Lourdes, c’est la grotte qui va devenir le cœur de la construction demandée. De fait, elle deviendra la fondation de la crypte (première Eglise du Sanctuaire où Bernadette suivra la messe avant de partir à Nevers). Et de la basilique de l’Immaculée Conception.
Mais plus fondamentalement encore, la grotte deviendra un sanctuaire où Marie accueille les pèlerins du monde entier pour les conduire vers le Christ dont la source qui jaillit au fond de la grotte est le symbole. L’eau vive qui étanche toutes les soifs humaines.
L’évangile de la rencontre entre Jésus et la samaritaine nous l’a rappelé : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
La grotte est un sanctuaire parce que les pèlerins sont accueillis tels qu’ils sont et quel que soit leur parcours de vie. Comme Bernadette, ils font l’expérience de cet amour sans conditions… dans le sourire de la Dame. Et dans l’émerveillement de cet amour, ils comprennent que leur vie peut changer. Ils peuvent vivre un chemin de conversion qui souvent passe par le sacrement de la réconciliation.
La grotte est aussi un sanctuaire parce que l’Eglise y célèbre l’eucharistie où le Christ continue à donner sa vie pour que le monde ait la vie et qu’il l’ait en abondance. Temps fort de nos pèlerinages où retentit aussi la Parole de Dieu qui est Parole de vie et d’espérance pour aujourd’hui. Le Christ Parole vivante de Dieu et Pain de vie pour soutenir le témoignage des croyants.
La grotte est un sanctuaire parce que, en ce lieu, se vit une véritable fraternité où les frères et les sœurs malades et moins valides ont la première place et sont des pèlerins à part entière. Et dans nos pèlerinages, un moment fort et émouvant est celui de la célébration de l’Onction. Le Christ, par l’intermédiaire des prêtres, se fait proche des personnes blessées dans leur corps ou dans leur cœur pour leur apporter le réconfort de sa présence douce et aimante à travers le signe de l’huile. Dans une véritable démarche d’Eglise où nous sommes tous partie prenante de ce grand moment d’espérance où souvent la joie se mêle aux larmes.
La grotte enfin est un sanctuaire parce que, comme Bernadette, nous sommes invités à construire l’Eglise aujourd’hui, là où nous vivons… chacun selon notre vocation. Dans nos familles, nos quartiers, nos communautés, nos lieux de vie et de travail.
Le pèlerinage à Lourdes n’est pas un voyage comme les autres. C’est un temps fort de ressourcement au sens fort du terme, car il s’agit de revenir vers la Source qu’est le Christ. En se laissant porter par la grâce du lieu et en mettant nos pas dans ceux de Bernadette. Alors, demandons-lui de nous prêter ses sabots pour que cette neuvaine (et peut-être un pèlerinage) nous conduisent vers Marie avec plus de confiance, pour découvrir l’eau vive offerte aux assoiffés et pour se rendre au repas du Pain donné par grâce. S’il te plaît, Bernadette, prête-moi tes sabots. Amen.
Philippe Goffinet
3 février 2023