Le joli rôle des grands-parents

Témoignage de Régine Godts lors de la neuvaine 2023

Nous sommes mon mari et moi les heureux grands-parents de 5 petits-enfants, bientôt 6, âgés de 2 mois à 7 ans. Encore très jeunes donc !

Et j’aurais bien envie de commencer ce simple témoignage en vous disant « Nous ne sommes pas une famille parfaite » !

À l’heure actuelle, et loin du cliché de l’aïeule tricotant au coin du feu, les grands-parents sont dynamiques, souvent en bonne santé, parfois peu disponibles car ayant toujours une vie professionnelle… sauf pour leurs petits-enfants !

Si nous sommes de commodes baby-sitters apportant une aide précieuse à nos jeunes parents, nous considérons que pour nos petits-enfants, nous sommes des éveilleurs, des traducteurs et des interprètes du monde, en tentant de leur offrir des repères affectifs stables et sécurisants, et en éclairant comme nous pouvons, passé, présent et futur.

UNE PARENTHÈSE COMPLICE POUR LES PETITS-ENFANTS

Notre relation avec nos petits-enfants est bien différente de celle qu’ils vivent avec leurs parents. À la maison, il y a les règles, chez Mamy-Reine et Bon-Papa il y une relation tendre et complice. Une relation ludique et privilégiée grâce à notre disponibilité plus importante que celle de leurs jeunes parents qui eux ont souvent une vie professionnelle bien remplie…
Dans notre rôle d’éveilleur, nous tentons de faciliter autant que possible l’apprentissage de valeurs chrétiennes et de notions essentielles, en les initiant en particulier à la notion du « temps long » où la patience joue une place de choix. Un autre rapport au temps, une bouffée d’oxygène face à la pression de l’immédiateté imposée par la société, l’éternel « Dépêche-toi » et le rythme école-devoirs-dodo. Un temps pour jouer, expérimenter en confiance, ouvrir son cœur et parler, parler parfois de Jésus.

L’AMOUR EN HÉRITAGE

Tout ce temps partagé, c’est de l’amour et de l’attention, les plus beaux cadeaux que nous pensons pouvoir offrir nos petits-enfants. L’amour inconditionnel de grands-parents et la place de choix que les petits-enfants occupent dans notre cœur contribuent, nous l’espérons et sans grande prétention, à les faire grandir harmonieusement. Très souvent nous sommes un auditoire indulgent qui écoute en souriant les histoires farfelues que leur fertile imagination élabore.

Ils se sentent entendus, compris dans leurs besoins et leurs émotions, encouragés dans leurs expériences, souvent pardonnés pour leurs bêtises. Les petits-enfants savent que, moins stressés par les impératifs du quotidien, nous réagirons moins vivement que leurs parents, en essayant de prendre du recul pour relativiser les soucis. Grâce à la confiance qui s’instaure, Mamy-Reine et Bon-Papa peuvent devenir de discrets confidents. Et l’intimité s’approfondit quand l’enfant constate que les secrets confiés sont respectés.
C’est là qu’avec tendresse et sans grand discours, nous tentons de leur transmettre, selon les paroles du Pape François « la certitude que Dieu nous aime ».

Ce n’est pas sans difficultés, car notre rôle d’éveil à la foi chrétienne se doit d’être discret. Nous savons que les enfants sont de véritables magnétophones : ils enregistrent tout. Ils aiment bien mettre en doute ce qu’affirment leurs parents, mais pas nécessairement ce que leur disent leurs grands-parents…

Aussi nous tentons de vivre avec eux l’heure de la tendresse. Nous pensons que ce n’est pas tant nos paroles qu’ils retiendront, mais que c’est ce que nous sommes. Si nous tentons d’être des veilleurs de joie et d’amour, ils le seront à leur tour. Prier avec eux peut-être mais surtout savoir être avant de savoir faire …

Nos petits-enfants nous apprennent beaucoup de choses à propos de l’écoulement du temps. C’est pour ça que nous aimons prendre le temps faire des choses simples ensemble : observer la beauté de la création en regardant un paysage, en étant attentif à ce qui le rend vivant quand il se met à vibrer en nous, en observant par exemple un animal, en étant à l’affut de ce qu’il peut bien faire quand il ne perçoit plus notre présence… Toutes ces activités qui interdisent la vitesse d’exécution, nous invitent à nous installer dans un temps lent ou immobile ce que leurs parents ne peuvent pas toujours faire ayant une vie peut-être très riche mais tellement galopante !
Nous avons aussi pris le parti que nos petits enfants n’ont pas besoin de vivre des choses extrêmes pour se sentir exister parce que nous considérons qu’ils ont cette aptitude naturelle à transformer des instants de vie simple en moments de grâce au cours desquels ils n’attendent rien d’autre que notre présence attentive et bienveillante et pendant lesquels nous ne devons, nous, Mamy-Reine et Bon-papa, nous soucier de rien d’autre que de graver dans leur petite tête le souvenir de notre présence souriante.

C’est de cette façon, en levant le pied pour ne plus courir derrière le temps, que nous considérons que les grands-parents s’y prennent le mieux pour inviter leurs petits enfants à continuer à aimer la vie et à toujours éprouver le désir de découvrir, d’améliorer le monde quand ils ne seront plus là pour les accompagner. Nous espérons qu’il restera, alors, à ces enfants devenus adultes à réveiller le souvenir de cette tendre présence souriante pour apprendre à leur tour avec d’autres enfants à retrouver la maîtrise du temps en partageant avec eux un présent offert en cadeau chaque fois que la sérénité de l’instant tient le futur à distance et maintient l’avenir sous silence…

Nous essayons d’être des modèles de tendresse et de foi autant que possible… Pour la tendresse, leurs yeux pétillants lorsqu’ils débarquent à la maison nous guident et c’est très facile mais pour la foi ça l’est moins car nous aussi nous pouvons avoir des moments de doutes … Il nous arrive parfois de culpabiliser ou peut-être de ressentir une certaine intranquillité de ne pas y arriver car nous aussi, les grands parents, nous sommes happés par un certain tourbillon de la vie…

Nous essayons autant que possible d’éveiller leur curiosité à la vie de Jésus par des moments privilégiés en rapport avec les grands moments de l’année liturgique comme à Noël leur raconter l’histoire de la naissance de Jésus et en leur offrant par exemple chaque année un calendrier de l’Avent adapté à leur jeune âge. La crèche de Noël à Saint-Martin est aussi un moment privilégié d’échange et nourrit parfois une jolie conversation autour de la naissance de Jésus… Comme la préparation de notre crèche familiale avec les petits-enfants réunis ce jour-là où l’on laisse le petit Jésus caché derrière le sapin et que l’on met en place le soir de Noël… Autant de petits gestes simples comme aussi la petite croix sur le front en disant : « Que Jésus te protège et te bénisse », autant de gestes disais-je, qui nous l’espérons, leur parlent, à chacun et selon leur niveau de compréhension.

C’est aussi durant cette période d’attente que l’on ressort les livres de Noël et qu’on les laisse trainer simplement en attendant d’être lus ensemble.

Un petit passage au CDD au moment du Carême comme à Noël, pour trouver quelques livres racontant la passion du Christ.

Nous n’oublions pas leurs parents en leur transmettant à eux aussi le calendrier de l’Avent, le chemin vers Pâques… Pour celles et ceux qui habitent loin, la poste fait son œuvre.

Les baptêmes, les mariages ou les enterrements dans la famille sont aussi des occasions d’échanges où nous tentons de transmettre à nos petit-enfants l’importance des sacrements. À cet âge, ils sont particulièrement réceptifs à ces grands moments de la vie chrétienne.

Les retrouvailles familiales, ces moments privilégiés de partages où le Christ est présent, sont essentielles pour mon mari et moi. Sans pour autant avoir de grands discours, nous tentons de créer du lien entre chacune de nos jeunes familles pour que ces liens perdurent après nous en espérant avoir posé dans leur vie les meilleures fondations possibles pour une vie chrétienne.

Nous considérons ainsi que Jésus est le ciment de nos vies et de notre famille.

C’est autant par des actes et des attitudes que par des paroles que nous tentons de bâtir notre famille, de construire avec et pour nos petits-enfants la meilleure spiritualité qui soit, dans la discrétion qui nous caractérise mon mari et moi… comme nous avons tenté de le faire avec nos propres enfants.

Permettez-moi de clôturer ce témoignage par cette prière de grands-parents pour leurs petits-enfants qui exprime autant l’amour que nous leur portons et multiplié à chaque nouvelle naissance, que les doutes, les inquiétudes qui nous habitent tous à un moment ou l’autre de nos vies :

« Seigneur Dieu, notre Père à tous,
Ces petits-enfants que nous Te présentons,
Tu les connais, Tu sais combien nous les aimons
Ils sont souvent pour nous source
De joie et d’émerveillement.
Pour cela, nous Te rendons grâce.

Mais parfois aussi,
Ils sont la cause de soucis et d’angoisses.
Ils vivent des ruptures
Qui les inquiètent et les abîment…
Rupture avec Toi, avec ton Église,
Avec leur famille, avec leurs engagements…
Sans Toi, nous ne pouvons rien faire.
Mais nous savons, nous croyons,
Que Tu es le maître de l’impossible.

Nous T’en prions, Seigneur,
Conduis-les sur les chemins
Où Tu les attends
Et apprend-nous la patience,
L’humilité et l’amour,
Tels que ton Fils nous les a enseignés. »
(Auteur inconnu)